Décoration de la Résidence Eisenhower (Reims) : le défi de l’éclectisme

Sarah Chatillon, chargée du conseil en décoration, en achat d’art et en mobilier pour ce projet (Images Valerio Geraci)

Traduire l’éclectisme de l’architecture dans la décoration : telle a été la mission confiée à Sarah Chatillon, qui a réalisé le conseil en décoration, en achat d’art et en mobilier pour la Résidence Eisenhower. Son intervention vient parachever le projet de restauration et de restructuration de l’hôtel particulier rémois par Chatillon Architectes et sa transformation en un lieu d’accueil de prestige pour les maisons de champagne Piper-Heidsieck, Charles Heidsieck et Rare Champagne. Un travail de précision pour faire revivre la Résidence Eisenhower dans l’esprit d’une grande maison de famille.

Chatillon Architectes a mené un important travail de restauration et d’adaptation pour faire revivre cet hôtel particulier historique. Le nouvel écrin des trois grandes maisons de champagne a été choisi pourses nombreux atouts, parmi lesquels sa localisation au cœur de Reims – sur l’une des artères les plus prestigieuses de la ville – son histoire, sa qualité architecturale et patrimoniale ainsi que son jardin.

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François-Adolphe Bocage

L’hôtel Mignot a été construit à Reims, sur le boulevard Lundy, entre 1911 et 1913 par l’architecte parisien François-Adolphe Bocage pour le compte du commerçant en épicerie Édouard Mignot. Les lieux ont marqué la grande Histoire du XXe siècle pour avoir hébergé, l’espace de plusieurs mois, legénéral Eisenhower jusqu’à la signature de l’armistice en mai 1945.

Le bâtiment a été construit dans un « grand style français » avec une architecture entre Art Nouveau et éclectisme Beaux-Arts : façade en pierre de taille des carrières toutes proches de la Meuse et du bassin parisien, grandes baies généreuses aux clés sculptées et aux menuiseries à grands carreaux, décors raffinés avec leur progression en richesse, hall et escalier en stuc imitation pierre et subtiles ferronneries, pièces d’apparat aux lambris de hauteur blanc et or, parquet Versailles, salle à manger et bibliothèque surplombant le jardin… À l’étage, les chambres obéissaient à des goûts plus personnels : lambris d’appui et lambris de hauteur, cheminées de marbre, parquets en point de Hongrie, ou encore la chambre dite « de Madame » avec sa salle de bain perlée de céramiques vernissées à l’imitation de pierres précieuses. Le goût Art Nouveau de l’époque s’exprime dans les vitraux dont Reims est l’une des capitales.

Riche en décor

« Nous savions déjà que le bâtiment était riche en décor, mais nous avons eu la surprise d’en découvrir encore davantage lors de la phase de curage, qui est la phase de démolition partielle des cloisons etfaux plafonds. C’est ainsi que nous avons redécouvert une grande partie des décors de la salle de bal, tandis qu’une photo d’archive retrouvée a permis à Chatillon Architectes de compléter ce décor en restituant des colonnes existantes à l’époque de l’hôtel Mignot au début du XXe siècle. Tous ces éléments architecturaux constituent des indices importants, ils ont été notre point de départ pour imaginer l’ameublement », explique Sarah Chatillon, chargée du conseil en décoration, en achat d’art et en mobilier pour ce projet.

L’intervention de Sarah Chatillon était un véritable travail sur-mesure, guidant les choix des propriétaires dont le souhait était de retrouver l’atmosphère personnelle, domestique et intime d’une maison particulière plutôt que celle d’un hôtel ou d’un palace normé ou standardisé. Le projet de décoration et d’ameublement devait aussi venir s’insérer avec délicatesse dans les extraordinaires espaces et décors retrouvés grâce au projet de restauration et d’aménagement mené par Chatillon Architectes. La formation de Sarah Chatillon à l’École du Louvre et son expérience en galerie d’art contemporain ont forgé un œil singulier et spontané, source d’une proposition créative en complet décalage avec le travail habituel d’un décorateur, laquelle a particulièrement séduit les propriétaires.

« L’idée n’était pas d’apporter une proposition avec un style tranché, mais de petit à petit parvenir à construire une ambiance dans la continuité de ce que pourrait être aujourd’hui l’hôtel Mignot s’il était toujours resté dans la même famille. Je pense qu’on ne peut pas arriver dans un bâtiment comme celui-ci, chargé d’une telle histoire, et plaquer un décor qui n’écoute pas et qui ne regarde pas ce qu’il y a autour », explique-t-elle.

Objets de provenances très variées

Le défi réside ainsi dans l’originalité de la démarche. D’ordinaire, dans ce type de projets d’hôtellerie,tous les objets et le mobilier sont pensés et définis en amont du travail architectural puis choisis et déclinés. Ici, la difficulté était de concevoir un projet de décoration et d’aménagement plus personnel, composé d’objets de provenances très variées, dans le but de restituer à ce lieu le cachet d’une grande maison de famille. Si le bâtiment a subi des transformations au cours des siècles, c’est justement cet éclectisme déjà présent dans l’architecture que Sarah Chatillon a souhaité transmettre dans ses propositions. Chaque espace de vie, chaque chambre dispose d’une ambiance propre qui ne se retrouve pas dans une autre. De même, chaque meuble choisi l’a été pour une pièce en particulier, pour correspondre à son atmosphère, et ne se retrouve nulle part ailleurs dans la maison.

« Si habituellement, le mélange des styles se fait de façon naturelle au sein de chaque intérieur par l’accumulation d’objets achetés, hérités, offerts, il n’est en revanche pas aisé de recréer une ambiance authentique », explique-t-elle. Ce mélange des styles et des époques est ainsi un parti pris permettant de démontrer que l’alliance est possible et qu’elle s’ancre dans la contemporanéité de notre époque tout en respectant une histoire, un passé. La mission de Sarah Chatillon a été d’orchestrer cet ensemble, de lui donner une cohérence, un équilibre.

Un éclectisme soigneusement pensé

Dans toutes les pièces de la Résidence Eisenhower, des pièces contemporaines se mêlent à des meubles XXe siècle provenant de maisons de vente aux enchères, à des pièces de mobilier classique chinées chez les antiquaires – avec la complicité de la consultante Frédérique Berman -, au mobilier de famille, aux rééditions, ainsi qu’aux commandes passées auprès de jeunes designers émergents.

C’est le cas des tables de chevet, lampes à poser en acier ciré à chaud et vases en céramique de la designer Pia Chevalier. Des pièces artisanales, qui perpétuent des savoir-faire extraordinaires de grande tradition française ainsi que des méthodes anciennes, complètent la composition. C’est le casnotamment des carrelages des salles de bains et de la salle des petits-déjeuners, fabriqués par l’atelier des Céramiques du Beaujolais, du bar en cuir gaufré ou encore des rééditions de lustres anciens par Mathieu Lustrerie.

« Nous avons choisi des designers et éditeurs ayant marqué le design de l’après-guerre, et qui restent résolument modernes et intemporels par leurs lignes discrètes et épurées. Ceci était particulièrement important, car nous avions besoin d’un mobilier qui se conjugue à tous les temps », précise Sarah Chatillon.

De par la nature de son premier métier, Sarah Chatillon a naturellement proposé de sélectionner des

œuvres d’artistes contemporains pour habiter les lieux de façon encore plus personnelle. On découvre au détour d’un regard des œuvres sur papier de Marie Hazard et Caroline Dénervaud, une peinture sur bois de Benjamin Navet ou encore des lithographies du bestiaire légendaire et ordinaire de François-Xavier Lalanne… Une toile monumentale commandée aux Ateliers Meriguet court sur plusieurs étages dans la cage d’escalier et permet de créer le lien entre les différents niveaux.

Créer sans dénaturer

Ce projet de décoration d’intérieur résonne avec la mission de Chatillon Architectes, qui consiste à créer sans dénaturer, en intervenant dans une forme de continuité historique. Chaque chambre a retrouvé une personnalité unique et la Résidence Eisenhower est un lieu dans lequel on se plaira à retourner pour ce que chaque espace évoque au visiteur. L’intervention de Chatillon Architectes se voulait sensible, délicate, une façon d’accueillir dans le présent l’esprit du passé, en traduisant l’histoire d’un bâtiment et son éclectisme architectural dans l’atmosphère qui veille désormais sur les lieux.

Chatillon Architectes

Fondée il y a 35 ans par François Chatillon, l’agence Chatillon Architectes opère dans les domaines de la construction neuve, de la rénovation, de la restauration et de l’architecture d’intérieur. L’agence privilégie la transformation à la démolition, en proposant des réponses contemporaines fondées sur l’histoire des lieux. La quantité cède alors la place à l’économie dans une volonté de valoriser l’existant, et c’est en partie cette philosophie qui a permis aux réalisations de Chatillon Architectes d’être reconnues à de nombreuses reprises par des prix nationaux et internationaux.

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