À la rencontre de Julien Renault, designer de l’année

Julien Renault opère depuis 2009 à partir de Bruxelles (Toutes les photos : Julien Renault et Covered Agency)

Comme chaque année depuis 2006, les hebdomadaires Knack Weekend et Le Vif Weekend ont nommé le Designer de l’Année. Leur choix final s’est porté sur Julien Renault, un Français basé à Bruxelles, concepteur pluridisciplinaire âgé de 38 ans. Renault vient rejoindre une très belle brochette de lauréats, dont font d’ailleurs partie deux de ses anciens employeurs, Alain Berteau et Sylvain Willenz.

Qui est donc Julien Renault ? Son CV nous apprend qu’il est actif depuis 2009 à Bruxelles, où il a créé son propre studio en 2015. Il vient de déménager pour le site iconique du Square Coghen pour s’installer dans un bâtiment historique dessiné par l’architecte belge Louis-Herman De Koninck.

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Le travail de Julien Renault se situe au carrefour de la conception artistique et industrielle de produits. Il est aussi un photographe de talent, et le directeur créatif de Kewlox. Il a collabore depuis longtemps avec des marques telles que Cruso, Hay, Hem, Massproductions et Mattiazzi.

Formation en France et en Suisse

Renault s’est formé en France, à la Reims School of Art and Design, et en Suisse, à l’École Cantonale d’Art de Lausanne. Sa présentation officielle indique que son travail se situe au croisement entre une approche artistique, libre et personnelle, et une vision plus systémique, objective et rationnelle du design. Même si tous ses projets sont particulièrement épurés, ils témoignent d’une forte conscience de la relation mutuelle entre les objets et leur environnement, et de leur influence inconsciente sur notre vie quotidienne.

“Je viens de la région rurale autour de Paris et je suis venu en Belgique dès la fin de mes études à la Reims School of Art and Design et à l’ École Cantonale d’Art de Lausanne”, nous a-t-il raconté lorsque nous l’avons contacté. “Le déménagement pour la Belgique est la conséquence d’un coup de cœur, littéralement, car ma femme est belge. Nous nous sommes installés en 2009 à Bruxelles, où j’ai d’abord été actif dans les studios des fameux créateurs belges Alain Berteau, pour qui j’ai travaillé six ans, et Sylvain Willenz. J’ai ensuite rejoint l’antiquaire Vincent Colet. En 2015, j’ai décidé de créer mon studio, Julien Renault Objects, et je travaille principalement pour des marques internationales depuis.”

“La Belgique est un pays que j’admire, et cela ‘clique’ presque toujours avec les gens d’ici. Je n’éprouve pas le moindre besoin de retourner à Paris. Ce que je trouve si intéressant, c’est qu’on a un contact direct avec les gens, on collabore facilement avec les artisans. On peut d’ailleurs travailler étonnamment bien à long terme, en Belgique.”

Une surprise totale

Nous voulons bien sûr savoir comment il a reçu cette distinction. Était-ce totalement inattendu ?

“La surprise a été totale, et je considère cette distinction comme un très grand honneur”, répond-il. “Ce qui la rend exceptionnelle, c’est de voir un succès professionnel reconnu sans avoir cherché activement cette reconnaissance. Le titre de Designer de l’Année est décerné par un jury très diversifié, avec une représentation de tout le monde du design. Comme Marie Pok, directrice du CID au Grand-Hornu, par exemple.”

“Ce que je crois, c’est qu’on a surtout vu comment j’ai développé un réseau en 15 ans. Beaucoup de personnes m’ont vu évoluer avec mes propres projets, et je trouve bien agréable que cela soit reconnu. C’est une bonne nouvelle aussi pour les clients existants, comme Kewlox, dont je suis directeur artistique depuis déjà sept ans. Cette distinction est aussi une récompense pour leur confiance en moi, avec une résonance internationale. Ce point est important, car la plupart de mes clients ne sont pas belges. En tout cas, j’espère que ce titre m’amènera à être plus en contact avec les marchés flamand et néerlandais. Il faut d’abord que j’y soie plus connu. Hélas, je parle encore difficilement le néerlandais, mais ma fille rattrape cela en partie, car elle va à l’école en Flandre. Par ailleurs, détail piquant, il y a exactement 15 ans que Sylvain Willenz a été récompensé par ce même titre, j’étais alors en stage chez lui. On peut dire que la boucle est bouclée !”

Et l’avenir ?

Lorsque nous l’interrogeons sur ses plans pour l’avenir immédiat, nous constatons que Julien Renault n’est certes pas resté inactif. Nombre de projets passionnants sont dans les tuyaux, après qu’il a notamment lancé en 2022 sa collection de début chez Hay (Pastis). Le nom de Pastis se veut un hommage aux cafés et brasseries qui nous ont tant manqué durant les années de la pandémie.

En 2023, à l’occasion des 3 Days of Design à Copenhague, Julien Renault a dévoilé deux nouvelles collections, Milk et Rod, en collaboration avec Nine. Milk est une création au look plutôt industriel pour une carafe et son set de verres, alors que Rod relève d’une approche plus artistique de la conception d’objets, spécifique de cette dichotomie unique qui caractérise Julien. Durant l’automne, Nine et Julien ont lancé ensemble une troisième collection, Inline. A lui d’imaginer un langage de la conception pour une collection qui comprend aussi bien des étagères murales que des tables d’appoint. Durant l’édition de septembre de Maison&Objet, Julien Renault a également lancé une collection de tables de salon pour la marque de design Cruso, installée à Bruxelles.

“L’an prochain, il y aura encore des nouveautés, en collaboration avec Hay, mais je ne sais pas précisément quand”, annonce-t-il. “L’extraordinaire, c’est que Pastis ait débouché sur une très importante collaboration, et qu’il y ait de la demande pour plus. Je tiens à ajouter que, tout d’abord, je veux rester fidèle à mes clients, louvoyer sur le marché n’est pas mon style. Ceux qui travaillent avec moi doivent le faire parce qu’ils en ont envie, et pour du long terme. Car, c’est sans doute le plus important, j’attache un grand prix au lien de confiance avec les clients.”

“Julien crée des classiques instantanés”

Pourquoi Julien Renault a-t-il été distingué cette année comme le designer en vue, ambassadeur du design belge ? Voici l’explication d’Amélie Rombauts, rédactrice Design et Architecture chez Knack Weekend.

“Dans un océan de ‘drops’ et de ‘must-haves’ oubliés en quelques mois, Julien Renault crée des ‘classiques instantanés’. Ses meubles et objets ne réclament pas l’attention. Leur beauté se situe dans les détails que vous ne pouvez remarquer que si vous en prenez le temps : la cambrure d’un pied de table, le col d’une carafe, le profil d’une étagère murale. En cela, il ne séduit pas seulement la génération actuelle d’amoureux du design, mais la suivante aussi, sans aucun doute.”

En 2006, Alain Berteau était le tout premier Designer of the Year. Lui ont succédé depuis Nedda El-Asmar, Stefan Schöning, Sylvain Willenz, Bram Boo, Nathalie Dewez, Alain Gilles, JeanFrançois d’Or, Marina Bautier, Muller Van Severen, Vincent Van Duysen, Unfold, Frederik Delbart, Destroyers/Builders (Linde Freya Tangelder), Sep Verboom, Sébastien Caporusso et Studio Biskt. Les partenaires de cette année sont Flanders DC/ For the Now et Design Nation, avec le soutien de MAD, CID Grand-Hornu, Design Museum Gent, WBDM, Wonder & Covered.

Début de mandat le 23 septembre

Le mandat de Julien Renault en tant que Designer of the Year a officiellement débuté lors d’un événement organisé le samedi 23 septembre, au salon For The Now, une partie du Brussels Design Market à la Gare Maritime de Bruxelles.

Decostyle redactie

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